Lampedusa, Maryline Desbiolles

Ed Ecole des Loisirs, collection Médium août 2012, 78 pages, 6.5 euros

Lampedusa, « un minuscule caillou au large de la Sicile, bien plus petit que les lettres de son nom », synonyme pour les uns, d’un possible Eldorado vers l’Europe sublimé, pour les autres, de vacances en famille à jamais impossibles.
La narratrice vient de perdre son père. Pas de larmes, pourtant le chagrin est profond. Lui qui avait promis d’emmener la famille à Lampedusa pour profiter des plages de sable fin, l’île est devenue le symbole du bonheur à jamais perdu.
Avant, eux quatre, c’était l’incarnation de la joie, la certitude que rien ne pouvait leur arrivait, c’était comme la nature morte du peintre Chardin, « ces fruits bien mûrs mais intouchés, pas menacés du tout, pas un instant menacés de flétrissure, abîmés d’aucune tâche ». Maintenant, il manque un pilier, et rien n’est plus pareil. D’ailleurs, maman et les filles ont dû déménager dans un quartier populaire de Nice. La narratrice s’y lie d’amitié avec une vieille veuve, et une fille de son âge, un peu rebelle, Fadoun, avec qui elle va à l’école : « elle avec ses petites tresses noires et moi, mes cheveux mi-longs, très blonds, très lisses, que je retenais d’une barrette invisible ».
Fadoun est arrivée avec sa famille à Nice via Lampedusa à bord d’un navire de fortune. Elle a fui son pays africain où la liberté n’existait plus. Comme elle, elle sait ce qu’est le deuil d’un être cher même si les causes de la perte sont différentes. Comme elle, elle ne pleure pas mais garde le chagrin dans son cœur. Si différentes d’aspect et pourtant si semblables ! Pour Fadoun, le petit caillou Sicilien n’est pas une île de sable blanc seulement « une île de rêve et d’un rêve si puissant que des hommes, des femmes et des enfants n’hésitaient pas à embarquer sur des bateaux de fortune, vétustes, surchargés ».
Subtilement, l’auteur explique que Lampedusa change de sens en fonction de l’endroit où on a grandi. Pourtant, il ne s’agit pas d’un énième roman sur l’immigration clandestine dénonçant la vétusté des « boat people » et le trafic d’êtres humains par des passeurs sans foi ni loi. Non, rien de tout cela. C’est juste une histoire d’amitié entre deux gamines du même âge aux vécus différents et pourtant si proches, le tout servi par une écriture fluide et poétique, toute en sensibilité et suggestion.
Toujours se rappeler la promesse de Lampedusa, c’est se souvenir du bonheur :
« Lampedusa brille désormais par son absence, et nous habitons désormais entre des parenthèses. Beaucoup de vide, de trous, de manques autour de moi ».
Européen ou Africain, nous sommes tous les mêmes face à la perte de l’être aimé.
Un très beau roman sur l’amitié et la tolérance, à partir de 12 ans.

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