La peau froide, Albert Sanchez Piñol

Ed. Actes Sud, traduit du catalan par Marianne Millon, janvier 2007, 270 pages, 7.7 euros
 

Apocalypse Now maritime 

 

 Quelques mots sur l'auteur :
Anthropologue de formation né en 1965, Albert Sanchez Pinol utilise l'univers fantastique pour mieux analyser les comportements humains. Un autre roman, tout aussi passionnant est à lire chez Babel: "Pandore au Congo"

La narrateur, activiste irlandais, se porte volontaire pour prendre la relève d'un poste de météorologue sur une île perdue de l'Atlantique Sud. Sur ce bout de terre , il y rencontre son prédécesseur, homme bourru et taciturne: Batis Caffo, qui vit dans le phare avec une créature étrange.
Dès sa première nuit sur l'île, des créatures à la peau froide sorties du fond de l'Océan tentent de pénétrer chez le nouveau venu. Dès lors, il se réfugie dans le phare aux côtés de Batis. S'ensuit alors une vie ponctuée d'attaques nocturnes, de tête à tête lourds de sens, et de tentatives de compréhension.
Le roman pourrait se résumer par cette phrase: "notre vie au phare est invraisemblable; notre vie au phare est la plus absurde des épopées. Elle manque de sens", si l'auteur n'avait pas ajouter une dimension humaine à l'œuvre.

Le narrateur se refuse à considérer les créatures à la peau froide comme de simples ennemis assoiffés de chair humaine. Il se heurte à Caffo qui refuse toute compromission et ne voit sa survie qu'à travers les armes. Pourtant, "le phare est un mirage où personne n'est en sécurité"....
La liaison du narrateur avec la créature marine qui partage leur vie ne fait qu'accentuer son malaise: il est tiraillé entre l'amour qu'il lui porte, et la haine que son origine engendre.
 Finalement qui est le plus humain des deux? Ces créatures ne sont-elles que des monstres? Pour Batis, tout est simple: "dans ce monde, il y a deux attitudes: opter pour la vie et opter pour la mort", mais le narrateur se refuse à ces extrémités.
Rongés par le manque de sommeil, la rigueur du climat, l'alcool, les deux hommes s'entendent de moins en moins bien, et au fil des pages, les créatures deviennent les symboles du châtiment divin. Ainsi la partie fantastique du livre sert à l'analyse des sentiments humains et tend à démontrer que parfois le plus humain n'est pas celui qu'on croit.