La course au mouton sauvage, Haruki Murakami

  Ed Points Seuil, août 2002, réédition prévue en novembre 2013, 416 pages, 7.7 euros

 Une photo, un mouton, une énigme




Le narrateur du récit est à première vue transparent: il n'éprouve pas beaucoup d'émotions, et ses opinions restent neutres. Il mène une vie bien morne, bien maussade, mais il reste en attente d'un événement qui peut être lui donnera une autre vision du monde:
 "le monde...ce mot me fait toujours penser à un gigantesque disque soutenu avec une énergie désespérée par un éléphant et une tortue. L'éléphant n'entend rien au rôle de la tortue, la tortue n'entend rien à celui de l'éléphant, et tous deux n'entendent rien à cette chose qu'on appelle le monde."

Un jour, cet événement survient. Un homme l'oblige à chercher après un mouton particulier qui apparaît dans une publicité d'assurance vie. Cette photo de mouton lui avait été envoyé par un ami parti vivre en ermite à la montagne. Contraint et forcé, accompagné d'une petite amie sixième sens aiguisé, il part à la recherche de l'ovin. C'est là que les choses se corsent....

Tout ce qui échappe à la raison et à la logique prend du sens avec la plume de Murakami. Le réel flirte avec l'étrange et l'absurde (l'homme mouton), la vie avec la mort. Pourtant, tout apparaît particulièrement net et cohérent du point de vue du narrateur, si bien que le lecteur se laisse embarquer dans cette drôle d'histoire. On retrouve la symbolique chère à l'auteur tel le personnage clé comme dans Kafka sur le rivage, et un certain goût à brouiller les pistes.

Haruki Murakami est en littérature ce que David Lynch est au cinéma: on adore, mais on ne comprend pas toujours tout, et c'est ce qui est fascinant dans son œuvre.

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