La balade de Jordan et Lucie, Christophe Léon

 Ed. Ecole des Loisirs, 23 mai 2012, 177 p. 10,20 €

Jordan et Lucie ont le même âge, habitent la même ville et fréquentent le même collège, mais ne se connaissent pas, et surtout n’envisageaient pas un jour de se rencontrer. En effet, Jordan n’est pas en quatrième « normale ». Handicapé de naissance, il fait partie de ces adolescents qui ont intégré une UPI (Unité Pédagogique d’Intégration) et suivent un cursus scolaire adapté. Certes, son père le considère comme un enfant comme les autres, lui apprenant même à conduire sur les routes de campagne, mais il reste un élève lent qui a besoin de plus de temps pour comprendre et s’adapter. Or, dans le cadre d’une semaine d’échanges, le principal adjoint recrute des volontaires pour devenir les « filleuls » des élèves d’UPI. Sans trop savoir pourquoi, Lucie lève la main, et se retrouve « marraine » de Jordan.
La cohabitation est difficile. Elle qui ressent son corps comme « un territoire mouvant » « dont les frontières ne sont plus clairement définies », doit en plus supporter un garçon qui fait partie de ceux qu’elle considère comme « des attaqués du ciboulot, des ados à qui il manque des cases ». De plus, véritable « boulet » qui la suit comme son ombre, Jordan est la proie quasi systématique de moqueries de la part des copains de Lucie. Bref, la jeune fille envisage sérieusement de démissionner et retourner à sa routine quotidienne. Son « débile perso », son « pin’s déjanté », la perturbe.

Pourtant, au fur et à mesure, Jordan s’avère attachant, et « possède ce que ses autres camarades n’ont pas : la gentillesse ». Il devient le confident, celui sur qui on peut compter et qui ne risque pas de rapporter les secrets. Ainsi, Lucie confie sa tristesse de voir ses parents se quereller et son père seul, sur le canapé, boire de plus en plus.
Au fil des jours, Jordan est de plus en plus subjugué ; il tombe amoureux. Il commence enfin à comprendre l’expression étrange qui lui trotte dans la tête : « aimer c’est s’ouvrir les veines du cœur ».
Christophe Léon raconte l’amitié de deux êtres fragiles dont la cellule familiale est malmenée ou amputée. Alors que le handicap de Jordan aurait pu devenir un obstacle insurmontable aux yeux de Lucie, surtout à un âge où on fait peu de concessions, il devient le plus qui scelle des liens affectifs très forts.
Avec un style qui use sans abuser du langage « made in collège », on ne sombre ni dans le mélo larmoyant, ni dans le pathos, et on suit avec plaisir Jordan et Lucie dans leur balade, un peu comme celle de Thelma et Louise (Ridley Scott, 1991), film préféré du jeune homme, mais sans la violence ni la fin sans concession.

A partir de 12 ans

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