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Il faudrait s'arracher le coeur, Dominique Fabre

  Ed de l'Olivier, janvier 2012, 221 pages, 18 euros

A fleur de peau... 

"Il faudrait s'arracher le cœur et vieillir d'un coup" se dit souvent le narrateur, "on n'aurait plus mal, on sentirait rien."...
En trois histoires, Dominique Fabre explore les méandres de la sensibilité humaine. L'auteur met en scène des personnages confrontés à leurs souvenirs et à leur sensibilité. Ainsi, le lecteur croise un jeune homme et son ami dont il sauve la vie plusieurs fois ; on suit un frère et une sœur dans l'organisation de leur nouvelle vie avec leur mère après le départ du père, un après-midi, une petite valise à la main; enfin, on lit le récit du déménagement d'Anna, leur grand-mère expulsée de son logement insalubre, complètement perdue à l'aune de son Alzheimer balbutiant..
L'auteur est très sensible aux lieux, aux ambiances. Ils font partie de ses choses qui décident de la sensibilité de chacun. Le livre est ainsi truffé de références au passé, au vécu, aux images qui mine de rien provoquent un fort ressenti:
"Il y a eu un sourire juvénile et un peu triste, juste entre les deux, comme quand on sent qu'il faudrait liquider son cœur et qu'on n'y arrivera jamais, mais en existant, on y arrive, sans trop se rendre compte, un jour, on y arrive tout à fait. Un jour on y arrive la vie entière."
Comme on ne peut pas s'arracher le cœur, et tel un robot vivre les choses sans âme, nous sommes constamment dans le contrôle des émotions. Comment ne pas être bouleversé lorsqu'on voit sa grand-mère quitter le lieu où elle a toujours vécu? Comment ne pas culpabiliser lorsqu'on son propre père vous quitte en vous disant simplement "je vais devoir vous laisser"?
Nous sommes faits d'émotions, nous sommes faits de rire et de larmes. Chacun porte en soi "une pente mélancolique" qu'on redresse à chaque instant pour garder le cap. Alors, à se poser la question si Dominique Fabre a couché sur le papier son vécu, ses souvenirs et ses souffrances, sans utiliser l'outil fictionnel, lui-même propose un début de réponse:
"Ce sont les endroits détruits et dépassés d'une vie qui n'aura plus jamais lieu, elle n'a peut être même pas vraiment eu lieu, en fait, alors ça va bien comme ça."
Tout est dit...

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