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Eric Pessan ou "la soif de l'autre"



Photo personnelle 2011
Eric Pessan est un homme discret. Si vous le croisez au détour d’un festival littéraire, vous le verrez errer de stand en stand, incognito, à l’écoute de ce qui se passe autour de lui. Car c’est un écrivain qui s’intéresse beaucoup à l’individu et à ce qui lui permet de communiquer mais avec tous ses vecteurs : les évitements, les sous-entendus, les malentendus, les silences.
Selon lui, « l’autre est un territoire inconnu ». Dans ses écrits, il se pose la question de savoir qui sont réellement  les gens qui nous entourent. Il suffit, d’un mot, d’une phrase, d’une attitude anodine pour que celui que nous croyons connaître devienne un étranger. Le langage est un moyen formidable pour s’intéresser à l’autre.  C’est peut-être pour cette raison qu’Eric Pessan a animé beaucoup d’ateliers d’écriture. D’ ailleurs, son dernier roman Incident de personne (Albin Michel, 2010), met en scène un  de ces animateurs « en lambeaux » à force d’avoir trop écouté les autres. « Je suis submergé de mots jusqu’à la noyade », fait-il dire à son personnage, englué dans l’empathie passive au point de ne plus savoir prendre en charge sa propre vie. Alors, en guise de thérapie expresse, parce qu’il n’est « plus apte à entretenir une conversation, encore moins à écouter des confidences », parce qu’il « déborde » aussi des paroles d’autrui , il décide de libérer son propre langage en se livrant à sa voisine de siège dans un TGV.
« Autrui est un miroir de soi-même » croit-on, si bien que nous sommes en perpétuelle quête de notre véritable identité. Cependant, Eric Pessan admet que « l’écriture est un acte solitaire », même si ses semblables lui donne de la matière. C’est pourquoi, il aime beaucoup la contrainte littéraire. En effet, la perméabilité entre un texte et une œuvre (photo, peinture) permet de casser cette solitude. Ainsi, dans La fête immobile, il a écrit en fonction des photographies que lui envoyait, jour après jour, Eric Plumet. Petit à petit, un texte est apparu, « se collant » aux illustrations de l’artiste. Dans le même esprit, Un matin de grand silence « fait corps » avec l’univers de Marc Desgrandchamps, toute en coulure et effacement de l’être.  
Un matin, un adolescent se réveille seul dans son appartement. Où sont ses parents ? Pourquoi manque-t-il les cours ? A défaut de réponses, il va profiter de sa journée et  du silence de l’endroit, au point que celui-ci va devenir un personnage à part entière. Finalement, Eric Pessan arrive aussi à rendre l’absence de bruit comme un moment de parole : la goutte d’eau devient caisse de résonance, le téléphone sonnant dans le vide un ennemi. Et c’est ce qui fait la beauté de ses textes : une prose maîtrisée, toute en douceur, où même le silence devient un individu avec lequel on peut communiquer. 

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