Plus haut que les oiseaux, Eric Pessan

Ed Ecole des Loisirs, mars 2012, 116 pages, 8.7 euros

"Plus haut que le remords"


Se sentir " plus haut que les oiseaux ", c'est lorsque le narrateur se retrouve sur la terrasse panoramique de son immeuble, à une hauteur de plus de dix-huit étages, à un endroit où " le monde devient gigantesque " et l'immensité à portée de main. Or, c'est aussi et surtout un lieu interdit pour raison de sécurité. Grimper là, c'est " comme quitter la ville par une porte dérobée ", mais c'est surtout aller au devant de ses peurs. Certes, il y avait bien un cadenas à la porte de service, mais cela fait longtemps qu'il est hors d'usage. Certes, il y a bien des panneaux d'interdiction, mais quand on est jeune et légèrement inconscient (ou sur de soi) on lit sans comprendre... Alors, ce fameux 21 avril, lorsque les trois amis se dirigent vers la terrasse, ils ne savent pas que les canettes de bière abandonnées à cet endroit auront raison de leur tranquillité d'esprit. Dans son dernier roman, Eric Pessan a voulu s'attarder sur le remords et le sentiment de culpabilité chez l'adolescent. Tout comme le héros de Crime et Châtiment de Dostoievski, le narrateur doit vivre avec un sentiment de faute de plus en plus fort jusqu'à en devenir omniprésent. D'une bêtise due à un désœuvrement passager, on en arrive à de graves conséquences. Cependant, notre jeune héros n'est pas un gamin irresponsable et provocateur. Il se pose sans cesse les questions sur garder le silence ou pas, sur les raisons profondes de son geste qu'il croyait jusque là anodin, et se rend jusqu'au chevet de sa victime : " l'hôpital, j'y pense brusquement, il est bâti comme mon cerveau, je me perds dans ses couloirs comme je me perds dans ma culpabilité. " De ce travail sur soi, le narrateur en sortira meurtri mais grandi. Sa relation aux autres se modifiera, et, enfin, il prêtera attention aux interdits. Le " il est interdit d'interdire " est révolu, place à la responsabilité. Car, finalement, n'est-il pas plus facile de vivre la tête haute, qu'avoir " une vie au ras du sol ", les yeux constamment baissés ?