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Articles

Affichage des articles du octobre, 2013

Printemps (4), Mons Kallentoft

Ed. Points Seuil,  avril 2013, 500 pages, 8 euros


Sobre et à fleur de peau On avait quitté Malin Fors en automne, alcoolique et en conflit larvé avec ses parents. On la retrouve au printemps, sobre après une cure de désintoxication, en proie à ses vieux démons de bière et de téquila car l'alcool est "une maladie. Un parasite. Un virus imprévisible", mais résistante. Sa mère vient de mourir, et l'ouverture du testament va enfin lui faire connaître cette vérité que ses parents lui cachent depuis si longtemps. Malin est une femme de trente six ans, exemplaire dans son travail, mais qui n'arrive pas à avoir une vie privée "normale". Cette nouvelle enquête, qui s'ouvre sur le meurtre de jumelles de six ans, va réveiller sa fibre maternelle et lui ouvrir la voie vers une réelle introspection. L'auteur utilise toujours plusieurs points de vue, celui des victimes compris. Malin semble être le catalyseur de ces voix défuntes qui cherchent à c…

Automne (3), Mons Kallentoft

Ed. Points Seuil, septembre 2012, 453 pages, 7.9 euros Inondée et saoûle! Troisième tome de la tétralogie dont chaque titre est une saison. 

Bien qu'elle soit commissaire de police au flair inégalé et super maman "cool" d'une ado de quinze ans, Malin n'est en rien une super héroïne. Sa vie amoureuse est complètement bancale, ses souvenirs d'enfance refoulés resurgissent sans crier gare, et surtout, la bouteille de tequila lui fait sans cesse des clins d'œil aguicheurs. Malin est "devenue sa propre douleur. Elle est devenue sa propre peur", selon Tove sa fille. Elle sombre inexorablement dans les brumes de l'alcool tout en essayant de garder un semblant de lucidité pour l'enquête dont elle est chargée. Un avocat est mort. Il était seul, riche et sans scrupule, d'où pas mal d'ennemis. Ainsi le commissariat de Linköping va découvrir les codes de l'aristocratie suédoise, les joies des bonnes mœurs, des conventions et de…

Eté (2), Mons Kallentoft

Ed. Points Seuil, mai 2012, 445 pages, 7.9 euros


Trempée, mais "scotchée"! Deuxième tome d'une tétralogie dont les titres suivent le rythme des saisons. Les tomes peuvent se lire indépendamment. A bas les idées reçues! Non, il ne fait pas toujours froid en suède. Non les filles ne sont pas toutes blondes avec un corps à faire pâlir le plus bronzé des Italiens...Dans ce deuxième tome, Malin enquête sur une série de meurtres d'adolescentes, en plein milieu du mois de juillet, sous des températures avoisinant parfois les 40 degrés. Habilement, l'auteur va associer le thème de la chaleur et de l'eau dans son récit jusqu'à en faire des éléments indissociables aux comportements de certains. Au delà de l'enquête, Malin se pose toujours des questions sur la nature du Mal "fleuve indéfinissable, noir et souterrain" qui semble être partout à la fois, larvé et puissant. A côté de l'été à Linköping, l'enfer de Dante c'est de la "…

Hiver (1), Mons Kallentoft

Ed. Points Seuil, septembre 2011, 490 pages, 8 euros
Gelée mais bluffée! La lecture suédoise et plus généralement nordique a cette particularité que, dès le début, soit vous avez l'impression d'entrer dans un magasin Ikéa en y lisant toutes les affiches, soit, plus sérieusement, vous êtes tout de suite happé par l'étrangeté des noms de lieux, de personnes... C'est aussi une atmosphère bien particulière, ici en l'occurrence très froide, aussi bien à l'extérieure que dans l'âme humaine. L'héroïne, le commissaire, Malin Fors possède elle aussi ses fêlures, tout comme ceux qu'elle interroge ou ceux avec qui elle évolue. Elle gère comme elle peut un métier envahissant, une fille ado et des amours en marge voire en pointillés. Mais son mélange d'instinct et d'intuition féminine fait d'elle un flic hors pair. En utilisant une narration basée sur l'introspection de tous les personnages, ainsi que le point de vue de la victime, le …

F comme Ferdinand, Héléna Villovitch

Ed. Ecole des Loisirs,  collection Neuf, octobre 2013, 140 pages, 9 euros

Moukajou? C'est quoi? Dans le monde de Ferdinand, le grand-père est jeune, la maîtresse s'appelle Madame Mouette, sa classe est spéciale, son meilleur copain Babouche à un syndrome de la Tourette détourné (il prononce une série de mots aléatoires au lieu de gros mots), et sa copine Gaufrette ne dit pas un mot.
Dans la tête de Ferdinand, c'est un peu le bazar: "une tempête explosait sous mon crâne", explique-t-il. En effet, il peu à la fois rêver en ayant l'impression d'être éveillé, vivre des aventures palpitantes à 15000 km de son lit, et ne plus faire la différence entre rêve et réalité:
"Rêve ou pas rêve? Je m'épuisais à comprendre le sens de ces allers retours".
Toujours est-il qu'un seul mot lui revient en boucle: Moukajou, au point qu'il se retrouve, avec ses deux amis, à devoir faire un exposé sur le sujet. Car Moukajou est une île de Micronésie…

L'ami de Magellan, Didier Bazy et Alain Corbel

Illustrations Alain Corbel, Collection Terres Insolites, mars 2013, 192 p. 6,90 €
« Magellan avait l’allure d’un magicien patient, l’élan têtu d’un mage sévère, les yeux profonds et noirs d’un guerrier aux aguets, la barbe en bataille d’un sage ancien, les sourcils majestueux d’un marin de haute mer ». C’est Henrique, l’homme du bout du monde, l’esclave devenu ami, affranchi par testament, qui parle. Henrique est vieux maintenant. Vivant sur l’île de Palilo conquise par les espagnols, il raconte, chaque soir, à ses enfants adoptés, Tambo et Stombi, les aventures de Magellan. Alors, ce personnage de fiction se rappelle de véritables événements. « Henrique a la mémoire d’un vieil arbre » selon son épouse Dolo, c’est pourquoi son récit contient beaucoup d’anecdotes et de précisions que même le temps n’a pas su faire oublier… Car Henrique s’appelait avant Patokin. Banni de son île pour une histoire de rivalité avec le fils du chef de tribu, il se retrouve esclave. Son histoire …

Ituk à la rencontre de l'ours blanc, François Beiger et Philippe Mignon

Ed. belin Jeunesse, collection Terres Insolites, mars 2013, 112 pages, 6,90 €
Chez les Esquimaus...Fort de son expérience de vingt-cinq années auprès des peuples amérindiens et Inuits, François Beiger nourrit sa fiction de ses propres connaissances et, dans ce roman-ci, de ses souvenirs : « l’histoire que je raconte ici, je l’ai vécue en 1995, avec Lucassie et son fils. Ce sont des moments très forts dans ma vie de voyageur de l’Arctique »explique-t-il dans le carnet de voyages situé à la fin du livre. Ituk est un jeune homme qui va fêter ses dix-huit ans. En France, cet âge c’est l’accession à la majorité, au permis de conduire, au statut d’adulte. Chez les Inuits, c’est différent, on passe de l’enfance au statut d’homme, encore faut-il prouver qu’on est prêt. Alors, pour cela, les jeunes gens doivent se rendre au pays de Nanook afin d’y rencontrer et affronter l’ours blanc. Si Ituk réussit à le tuer, alors il reviendra chez lui, fier, et sa famille le considérera désorm…

La vie sexuelle des super-héros, Marco Mancassola

Ed. Folio Gallimard, traduit de l'anglais par Vincent Reynaud, mai 2012, 608 pages, 8.7 euros

La fin du mythe... Pas d'exploits. Pas de répliques "qui tuent". Pas de costumes moulants ou alors bien cachés dans les placards. Mr Fantastic, Batman, Mystique et Superman sont redevenus Red Richards, Bruce Wayne, et Clark Kent.Ils ont rangé leurs costumes de super-héros pour revêtir ceux de scientifiques, chefs d'entreprise, ou vedette de télé. Tous semblent bien intégrés dans la société et ont laissé un souvenir positif à leurs contemporains. Seulement, ils ont aussi des failles, comme tous les êtres-humains, des obsessions et des tourments. Mr Fantastic, l'homme digne par excellence, très à cheval sur les valeurs, tombe amoureux d'une astronaute de vingt sept ans et sombre dans les affres de la passion et de la jalousie:"plus il mettait son tempérament dans son travail, plus le désir de se dépouiller de ce comportement, de s'annuler, de de…

Dans le silence du vent, Louise Erdrich

Ed. Albin Michel, traduit de l'anglais (USA) par Isabelle Reinharez, août 2013, 480 pages, 22.5 euros

Geraldine, Bazil et leur fils unique Joe forment une famille unie. Joe est ce qu'on appelle communément "une enfant de vieux", arrivé à un moment où on ne l'attendait plus vraiment, tellement désiré et trop attendu.
Un dimanche, père et fils s'inquiètent de ne pas voir la mère revenir du bureau où elle devait récupérer un dossier. Geraldine revient, mais blessée et visiblement très choquée. A 13 ans, on s'imagine toutes sortes de choses, mais certainement pas sa propre maman violée et ayant fui une mort violente.
Pour Joe, le temps de l'innocence a disparu, le temps de la douceur familiale aussi. Geraldine n'est plus la même, recroquevillée dans son lit à longueurs de journées:
"Son visage était une tâche pâle dans l'air sombre, et ses traits étaient barbouillés de lassitude. Elle ne pesait plus rien, n'était plus que des os…

Le jeu des ombres, Louise Erdrich

Ed. Albin Michel, trad. de l’anglais (USA) par Isabelle Reinharez, septembre 2012, 200 pages 19 €

« Tomber amoureux c’est aussi tomber dans l’état de connaissance. L’amour durable survient quand nous aimons la majeure partie de ce que nous apprenons sur l’autre, et sommes capables de tolérer les défauts qu’il ne peut changer ». Gil et Irène forment un de ces couples bourgeois-bohèmes, parents de trois enfants, vivant de l’art. En effet, Gil est peintre. Il a fait de son épouse une égérie, une figure totem représentée inlassablement à chaque nouvelle œuvre. C’est aussi pour lui le moyen d’exprimer tout l’amour qu’il lui porte depuis plus de vingt ans. Or, depuis quelque temps, Gil est jaloux ; il sent que son épouse lui échappe : Irène s’éloigne, raconte sa vie dans un mystérieux carnet rouge qu’il compulse fébrilement en secret. S’étant aperçu du manège, Irène se prend au jeu d’y écrire des mensonges afin de provoquer Gil et accélérer son départ. Hélas, rien n’y fait. Peu…

Arizona Tom, Norman Ginzberg

Ed. Héloïse d'Ormesson, août 2013, 220 pages, 17 euros

Divertissant
"A Brewsterville, les distractions sont rares. Un crêpage de chignons entre les deux vieilles prostituées qui occupent les chambrettes au dessus de la taverne, la traversée du village par un troupeau de Longhorn efflanquées et les véhémences du vent d'été suffisent à meubler mes journées et celles de mes compagnons d'infortune.(...) Je suis le shérif de ce bled. Un shérif placide et discret, ni bégueule ni fiérot. Pas un de ces paltoquets qui bombent le torse devant les voleurs de poules, une main sur l'étoile, l'autre sur la crosse de leur colt. Je suis shérif comme d'autres sont putains ou croquemorts, parce qu'il en faut."
Le narrateur est Ocean Miller, bon bougre devenu un peu shérif par hasard dans un trou perdu d'Arizona, et qui tient le coup grâce à sa flasque de bourbon à portée de main.
La routine le rassure et l'use à la fois. Alors, lorsqu'il voi…

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, Marianne Rubinstein

Ed. Albin Michel, août 2012, 208 pages, 17 euros

« Laisser mon corps devenir écorce, enveloppe qui transporte ses décombres ». Yaël est effondrée. Yann, son compagnon et père de leur garçon de trois ans la quitte pour une autre femme. Le choc est d’autant plus douloureux qu’elle n’a rien vu venir. Alors, pour faire barrière à la dépression qui la guette, elle choisit la colère, « comme ultime rempart du désespoir », faisant fi des préceptes de Montaigne et Sénèque qui considéraient ce sentiment comme stérile : « rien de ferme et de stable ne soutient son audace, qui n’est que vent et fumée ».
Économiste et universitaire de formation, Yaël a pourtant toujours trouvé dans les mots et la littérature une certaine forme de consolation. Écrire un journal, semblable à « un vieux bureau profond, ou à un vaste fourre tout dans lequel on peut jeter un tas de choses sans les examiner » devient un exutoire à l’effondrement de sa vie amoureuse. Ainsi, saison après saison, Yaël retrans…

La cote 400, Sophie Divry

Ed. 10/18, avril 2013, 94 pages, 6.6 euros

Le blues de la bibliothécaire
La cote 400 est le monologue de 90 pages d'une bibliothécaire qui est passée à côté de sa vie. Un matin en arrivant au travail, elle trouve un homme qui a dormi au sous-sol, ayant oublié la veille de quitter les lieux.
Cette rencontre va libérer sa parole; elle ne s'arrête plus, trop heureuse de trouver un auditoire obligé de l'écouter.
Cette "femme invisible" explique qu'être bibliothécaire "n'a rien de valorisant", bien au contraire, car "c'est proche de la condition d'ouvrier". Elle, elle voulait être prof, mais sans concours, impossible; alors, en tant que responsable du rayon géographie de la bibliothèque municipale, elle se définit comme une "taylorisée de la culture", passée maître dans l'art du silence et de la manipulation de la fameuse classification décimale de Dewey.
Au fil des ans, son emploi lui a "mangé" s…

Dead Zone, Stephen King

Ed. Le livre de Poche, août 1984, 350 pages, 6.6 euros
 FLASH porté à l'écran par David Cronenberg

Qui n'a jamais rêvé de prévoir l'avenir pour remplir son compte en banque en toute sérénité ou anticiper les aléas de la vie? John Smith n'a rien demandé, mais après un accident de voiture qui l'a plongé dans le coma pendant quatre ans et demi, il se réveille certes amoindri, mais avec toutes ses facultés mentales sauf que... "Son talent un don de Dieu? Alors Dieu était un dangereux maniaque" se dit-il. En effet, le contact avec une personne lui permet de voir son avenir à plus ou moins court terme. Ce don de seconde vue est due à une zone morte de son cerveau, la "dead zone", qui n'est plus irriguée depuis son accident. Pour Johnny, c'est une malédiction qui, non seulement le laisse pantelant après chaque flash, mais aussi lui vaut d'être un objet de curiosité et de jalousie malsaine.
Solitaire depuis que la femme de sa vie…

Salem, Stephen King

Ed. Le livre de Poche, février 2009, 827 pages, 8.6 euros

" Nuit, ne me surprends pas ici."
Ce désormais classique de Stephen King a la particularité d'être le préféré de son auteur. Dans la préface et une note de postface, il en explique les causes et surtout, les sources d'inspiration.

Salem, c'est en fait Jerusalem's Lot, petite ville du Maine qui doit son nom non pas à un illuminé biblique, mais à à la truie d'un certain Tanner qui, en 1785, s'est sauvée sans la forêt, et est devenue, bien malgré elle, une légende urbaine pour faire peur aux petits enfants...Mais, depuis sa création, Salem est le lieu d'événements étranges qu'on aime raconter le soir au coin du feu, surtout depuis que Hubert Marsten a fait construire Marsten House et y a perpétré un meurtre horrible.
"La maison se dresse là, sur cette colline qui domine la ville, comme une... comme une idole magnifique."
Depuis, on la dit hantée, et lorsque de nouveaux lo…

Simetierre, Stephen King

Ed. Le livre de Poche, avril 2003, 636 pages, 8.1 euros

 Refuser la mort"On a probablement tort de penser qu'il peut y avoir une limite à l'horreur que peut éprouver l'esprit humain. Au contraire, il semble qu'à mesure que l'on s'enfonce plus profondément dans les ténèbres de l'épouvante, une espèce d'effet exponentiel entre en jeu".
Cette phrase incarne la dynamique de ce roman en exposant fait après fait cette "espèce d'effet exponentiel."
La famille Creed a acheté une maison à Ludlow, petite ville du Maine, dont le terrain est délimité à l'arrière par un bois et devant par une route départementale sur laquelle de gros camions semblent tenter des records de vitesse. Médecin de formation, Louis se sent à la fois "déraciné et transplanté" par ce déménagement, mais sa nouvelle amitié avec Jud, le voisin d'en face, contribue à effacer ses appréhensions.
Très vite, tout ce petit monde s'habitue: Ellie…

NEWSLETTER (2)

Rendez-vous hebdomadaire du samedi, la Newsletter vous propose des liens vers des articles littéraires (ou non) de la semaine, et un récapitulatif de mes lectures en cours,  de mes coups de cœur,  et pourquoi pas, parce qu'il y en a aussi,  de mes coups de gueule! Enfin, le voilà, il est arrivé, tout beau, avec de nouveaux auteurs et paraît-il, l'esprit intact. J'ai vérifié et c'est vrai: Astérix chez les Pictes a la verve de ses grands frères, et c'est tant mieux!

Jeudi 24 octobre a été décerné le (Grand) Prix de l'Académie Française, dont le principal mérite est d’avoir honoré un bel homme. A force ce prix va devenir un anti-prix littéraire, un peu comme les Gérard au cinéma. Plonger de Christophe Ono-Dit-Biot (Gallimard) a eu le droit à une dépêche laconique du Monde:
http://www.lemonde.fr/livres/article/2013/10/24/le-grand-prix-de-l-academie-a-christophe-ono-dit-biot_3502566_3260.html
Sinon, côté roman, je ne peux donner mon avis, je ne l'ai pas lu, t…

RUE DES ALBUMS (8bis): Dix questions à François Aubin, auteur de Notre Télé

1) D’où vous est venue cette idée d’une télévision omnivore ?
Il doit y avoir chez moi une obsession pour la télé. J’avais déjà écrit une histoire sur ce sujet il y a quelques années. Un papa traversait l’écran de son poste de télévision pour atterrir au milieu du match de foot qu’il était en train de regarder. Il faut peut être y voir des réminiscences de films d’horreur mal digérés (comme Poltergeist). Mais consciemment, c’est plutôt la science fiction qui m’a inspiré, la chute de l’histoire ouvre plutôt sur une problématique de fiction d’anticipation.
2) Au début de l’album, la famille vit très bien sans télé. Croyez-vous que l’appareil peut être un facteur déterminant dans le changement des habitudes familiales ? Il me semble que personne n’est à l’abri de se faire happer par la télé. La plupart des gens que je connais qui vivent sans télévision ont fait ce choix pour se prémunir de l’addiction. Le problème est « Comment vivre bien avec la télé ». Dans mon histoire il …

RUE DES ALBUMS (8) : Notre télé, François Aubin

Ed. Ecole des Loisirs, février 2013, 48 pages, 12.5 euros


Dans cette famille, la vie s’organisait jusqu’alors sans télévision. Il a fallu que papa en gagne une à la tombola de son travail pour que le quotidien soit chamboulé. L’arrivée du poste est un événement, d’ailleurs on décide de l’ouvrir pour la première fois à l’heure du dîner pour que tout le monde puisse en profiter. Mais, à défaut d’une émission, c’est une gomme qui apparaît sur toutes les chaînes, et pas n’importe laquelle, celle de la fille de la maison ! Bizarre, bizarre… Peut-être l’appareil est-il en panne, mieux vaut donc l’emmener chez le réparateur ! Seulement, le soir même, papa le trouve devant la porte de la maison. Lorsqu’il veut vérifier s’il fonctionne, il trouve le magasin et le réparateur du matin à l’intérieur avec la gomme ! Encore plus étrange, décidément… « – Cette télévision va finir par nous dévorer ! a dit maman. – Elle a besoin que quelqu’un la regarde, a dit papa. Tant que nous la regardons…

Betty, Arnaldur Indridason

Ed. Points Seuil, traduit de l'islandais par Patrick Guelpa, novembre 2012, 236 pages, 6.8 euros L'excellence venue du froid... Un ménage à trois, ça ne fonctionne jamais, surtout lorsque tout se fait dans le dos de l'autre. Betty et son époux Otto sont millionnaires, débordés, entrepreneurs, et ont besoin d'un conseiller juridique. Ils le trouvent en la personne du narrateur; enfin, c'est surtout Betty qui le recommande à son compagnon.... Tout de suite, Betty hypnotise son nouvel employé: "Je connais peu de femmes aussi conscientes de la force que leur confèrent la beauté et le sex-appeal. Toute sa vie, elle avait mené les gens par le bout du nez et elle était tellement habile qu'on ne s'en apercevait que lorsqu'on se retrouvait dans ses bras."
Manipulé? Oui, le narrateur en a conscience, mais il en veut encore, tant sa relation amoureuse avec Betty le sort de sa routine et de son tempérament solitaire.
Or, Otto devient un obstacle.…

Blanche-Neige doit mourir, Nele Neuhaus

Ed. Actes Sud , collection Actes Noirs, traduit de l'allemand par Jacqueline Chambon, octobre 2012, 400 pages, 23.5 euros
... Et la pomme n'y est pour rien! Altenhain petite ville allemande près de Francfort, avec ses commerces, ses entreprises, ses secrets, son assassin de jeunes filles.... Tobias, sort de dix années purgées pour le meurtre de Laura et Stéphanie alias Blanche Neige, "Blanche comme la neige, rouge comme le sang, noire comme l'ébène". Forcément, son retour en ville n'est pas vu d'un très bon œil: menaces, passage à tabac, insultes; seule Amélie, serveuse au restaurant du coin et arrivée après les événements, se sent irrésistiblement attiré par le meurtrier. Dès le début, le lecteur a du mal à croire en la culpabilité de Tobias. Certes, lui-même est incapable de se souvenir ce qui s'est passé il y a dix ans, mais les personnages qui gravitent autour de lui à Altenhain sont louches. Les messes basses, les cachettes, l'aide f…

Intrusion, Natsuo Kirino

Ed. Points Seuil, traduit du japonais par Claude Martin, septembre 2012, 324 pages, 7.3 euros

Personne n'est innocent en amour. Tamaki, écrivain à succès, désire écrire un livre sur "la suppression de l'amour". Pour cela, elle désire reprendre pour héroïne un personnage utilisé dans un livre autobiographique écrit par un grand auteur défunt, Midorikawa, une certaine O, présentée comme la maîtresse de l'auteur.
Or, personne ne sait rien sur cette mystérieuse femme, sauf qu'elle fut à l'origine de bien des tourments dans le couple de Midorikawa. Dès lors, Tamaki enquête afin de pouvoir "donner de l'épaisseur" à sa future héroïne, mais, en filigrane, elle remet à plat sa relation amoureuse avec Seiji, quitté un an plus tôt.

 L'auteur utilise une trame un peu compliquée pour écrire un roman sur "l'amour ne résistant pas au temps", celui qui "se dénature en secret, on peut même dire qu'il se putréfie", ma…

La chambre à remonter le temps, Benjamin Berton

Ed. Gallimard, 380 pages, 22 €. Septembre 2011 
"Tout est affaire de démesure" Un couple achète une maison. De l'euphorie des premiers mois, succède la routine des jours. Or, la chambre du milieu, déjà fermée lors de leur visite d'achat, attire étrangement notre narrateur. Il en fait son bureau, et se rend compte que, lorsqu'il s'y assoupit, le temps se dérègle. Bonds en avant, bonds en arrière Benjamin revit, révise, change quelques passages de sa vie. Mais à trop vouloir comprendre le pourquoi du comment du pouvoir de cette pièce, notre narrateur vacille. 
La propriété, "stade suprême du bonheur domestique à la française" s'avère être le point de départ de ce récit qui hésite, sans temps mort, entre la réalité routinière de l'existence, et la joyeuse surprise du fantastique. Au delà de cette mystérieuse chambre aux pouvoirs inquiétants, l'auteur analyse la vie de couple et les effets du temps sur lui. De "la forme la pl…

P'tit Cousu: la parade des monstres (tome1), Guy Bass

Ed. Bayard Jeunesse, traduit de l'anglais par Marie-Hélène Delval, illustrations de Pete Williamson, mars 2013, 187 pages, 11.5 euros
Enfer et damnation!"P'tit Cousu était la première création du professeur. Cet étrange on-ne-sait-quoi, d'allure vaguement humaine, était fait de bric et de broc. Un patchwork de pièces cousues formait sa tête ronde et chauve, aux yeux dépareillés: une perle noire lui tenait lieu d'œil gauche, tandis que le droit, large d'un bleu de glacier, semblait luire dans les recoins les plus obscurs du château."
Or, cette créature a depuis longtemps été oubliée par son créateur, le professeur Erasmus, qui, au fil du temps, s'est transformé en savant fou. Du coup, dans l'ombre du château de Grottegroin, il s'assure que ses frères et sœurs de misère ne deviennent pas violents en leur procurant des antidotes faisant d'eux des "presque vivants" doux comme des agneaux.
Mais, dans la ville de Nublin Gru…

Miss Peregrine et les enfants particuliers, Ransom Riggs

Ed. Bayard Jeunesse, traduit de l'anglais par  Sidonie Van Den Dries, mai 2012, 438 pages, 14.5 euros
Dans la boucle temporelle. "Nous les particuliers, nous possédons des talents, dont la combinaison est aussi infinie et variée que la couleur de la peau ou les traits du visage. Certains sont assez communs; par exemple, la possibilité de lire dans les pensées; d'autres sont rares, comme la capacité à manipuler le temps." Au premier abord, on pourrait croire à un avatar de X-Men en couche-culottes, sauf que.....
Sauf que ce roman est particulièrement novateur non seulement pour l'univers totalement original qu'il propose, mais aussi pour sa structure, qui s'appuie de photos véritables du début du 20ème siècle.
Après le décès étrange de son grand-père, Jacob part avec son père sur une île au large de la Grande-Bretagne, sur les traces de l'enfance de son aïeul. Là, il y découvre, en ruines, la maison dans laquelle il a grandi. Dès lors, s'ou…

Le monde à l'endroit, Ron Rash

Ed Seuil, collection Cadre Vert, août 2012, traduit de l'anglais (USA) par Isabelle Reinharez, 280 pages, 21.5 euros Qu’on ne s’y trompe pas, les pages superbes sur les paysages de Caroline, bercées par les refrains de country ou absorbées par le silence, ne peuvent atténuer la violence des faits survenus pendant la Guerre de Sécession dans le lieu dit de Shelton Laurel entre des gens qui se connaissaient depuis toujours. En fait, depuis 1863, le lieu dit devenu ville traîne son histoire honteuse et héberge encore les descendants des protagonistes. Travis Shelton, dix sept ans, est de ceux-là. A défaut d’avoir réussi à l’école, il aide son père taciturne à la récolte du tabac. Son truc à lui, c’est la pêche à la truite dans les rivières sauvages : « Le vieux lui avait dit de ne jamais aller pêcher tout seul dans ces coins-là, parce qu’une jambe cassée ou une morsure de serpent à sonnette pouvait faire de vous un client pour le cimetière avant que quelqu’un vous trouve. C…

L'homme qui savait la langue des serpents, Andrus Kivirähk

Ed Attila, collection Lupin traduit de l'estonien par jean Pierre Minaudier, janvier 2013, 421 pages, 23 euros

SSSSSSSSSHHHHSSSSSSSS!!! N'ayez pas peur de la littérature estonienne! Elle n'est pas aussi froide que son climat! Ce roman bat en brèche tous les préjugés qu'on pourrait avoir sur ce sujet. Construit comme un conte, il raconte l'histoire de Leemet, un garçon de la forêt dont la particularité est de connaître la langue des serpents. Car dans son monde, les serpents sont des alliés avec qui on peut converser, partager une couche, et compter en cas d'adversité. De toute façon, dans la forêt où vit Leemet, il se passe des choses étranges qui, pour lui, sont complétement normales: les ours sont des dragueurs qui peuvent s'amouracher de jeunes filles, les louves sont d'excellentes montures qui procurent aussi du lait et s'élèvent comme des vaches (!!), les serpents veillent à ce que "les ennemis du dehors" ne viennent pas. Ma…

Dolfi et Marilyn, François Saintonge

Ed Grasset et Fasquelle, janvier 2013, 288 pages, 19 euros

 Au pays des clones François Saintonge est un pseudonyme. L'auteur a fait le choix de l'éloignement. Déjà, la couverture inquiète: Hitler en pleine page, ce n'est pas rien, et associé au dos avec Marilyn, c'est carrément improbable! Puis, l'auteur est inconnu: normal, c'est un pseudo; on ne sait rien de lui, sauf que derrière Saintonge se cache une véritable plume qui a fait le pari réussi de l'originalité. Voyez plutôt: en 2060, la France n'est pas si différente de celle de 2013 sauf qu' elle a légalisé la production de clones humains en se limitant à ceux de personnalités connues. Certes, comme toute production, il y a des contrefaçons, et des clones d'épouses, de maris ou d'enfants disparus peuvent circuler, mais ils sont marginaux. Alors, si vous avez de l'argent, vous pouvez vous payer une Marilyn comme celle du notaire de Bassompierre, le voisin du narrateur Tycho M…